L’histoire du premier pont à transbordeur de Nantes

Si, dans nos maisons, trônent sur un meuble ou un mur quelques photos de parents tant aimés, il en est souvent une autre, à Nantes, que l’on remarque vite tant elle est en évidence : celle de l’ancien transbordeur dont la disparition reste comme une plaie vive qui ne veut pas se fermer.

Les ponts dits “à transbordeur” sont nés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, quand il fallait trouver une solution à la traversée de passes maritimes ou fluviales par les piétons, les charrettes et les premières automobiles sans gêner la navigation des bateaux, dont encore des voiliers. Sont alors apparus ces colossaux ouvrages métalliques imaginés par un génial inventeur français, Ferdinand Arnodin (1845-1924).
Le premier fut construit en Espagne sur le Nervion, en 1893, entre Portugalete et Las Arenas, à quelque 10 km en aval de Bilbao.

Celui de Nantes, inauguré le 28 octobre 1903, était le cinquième. Il avait encore été précédé par ceux de Bizerte (Tunisie, en 1898), Rouen (1899) et Rochefort (1900). Celui de Marseille fut construit après (1905), ainsi que celui de Brest (en 1908, en réalité celui de Bizerte transféré en Bretagne). Celui de Bordeaux, commencé en 1910, ne fut jamais achevé.

A Nantes, il fallait relier le quai de la Fosse à la Prairie-au-Duc où se trouvaient les principaux chantiers navals. Un projet avait même envisagé une escale à la pointe de l’île Gloriette, mais la ville avait préféré une construction légèrement en aval, face à la rue de la Verrerie. Pour éviter la destruction d’immeubles, quai de la Fosse, afin de construire l’imposant massif d’ancrage des câbles qui devaient retenir le pylône de la rive droite, Arnodin inventa exprès un nouveau système de transbordeur dit à contrepoids et à articulations.

Chaque jour, de 5 h 30 à 20 h 30, la nacelle suspendue au tablier qui dominait les plus hautes eaux de la Loire de quelque 50 mètres, transportait d’une rive à l’autre jusqu’à 6000 piétons à l’heure.

Mais le développement de l’automobile qui acceptait plus volontiers un détour sans attente pour emprunter les ponts traditionnels en amont, les dégâts provoqués par la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les coûts d’entretien d’un ouvrage devenu obsolète, condamnèrent le Transbordeur que ne put sauver la croisade désespérée des Nantais amoureux de leur beau pont. Fermé le 31 décembre 1954, il disparaissait en 1958, le dernier wagon chargé de 800 tonnes de ferraille quittant le quai de la Loire pour Le Creusot le 7 octobre.

Pourquoi ne pas reconstruire le Transbordeur ?

Un groupe de Nantais, à l’initiative de l’architecte nantais Paul Poirier, se propose de construire un nouveau pont à transbordeur au-dessus du bras de la Madeleine. C’est un projet transversal, consensuel, et surtout pas politique, précise l’architecte. Il serait torpillé d’avance. Il concerne tous les Nantais. C’est un projet d’envergure pour contribuer à réconcilier Nantes avec son fleuve.

Projet de l’association Les Transbordés
Pour porter ce concept du vingt et unième siècle, Paul Poirier a crée, cette année 2008, avec Lamia Saadi, l’association Les Transbordés.
Passionné depuis de nombreuses années par ces remarquables ouvrages qu’étaient et qui sont encore en quelques lieux les ponts à transbordeur. j’ai publié plusieurs études sur certains d’entre eux.

– Nantes. Le Transbordeur, éditions CMD, 1996 (épuisé).
– Charente-Maritime. Le Transbordeur de Rochefort, éditions CMD, 1998 (épuisé).
– La France des transbordeurs, Bordeaux, Brest, Marseille, Nantes, Rochefort, Rouen, éditions Alan Sutton, 2005.

Articles dans des revues :
– Le Transbordeur de Rochefort, in Le Picton, n° 179, septembre-octobre 2006.
– Les Ponts à transbordeur, in Chasse-Marée, n° 201, décembre 2007.

Pour obtenir plus de renseignements sur l’historien Jacques Sigot, vous pouvez visiter son site web ou son blog:

http://sigot.montreuil.free.fr/
http://jacques-sigot.blogspot.com/